Revenir dans ce lieu marqué par une tragédie humaine demeure toujours un moment chargé d’émotion. Lors d’une intervention pour un feu d’immeuble, un jeune sapeur‑pompier de 20 ans, affecté au fourgon du CS Montmartre, a perdu la vie dans la fleur de l’âge. En s’engageant à l’intérieur du bâtiment pour rejoindre son chef d’équipe situé à l’étage, Franck ignorait qu’un câble électrique, affaibli par l’action du feu, était tombé au sol et dissimulé sous l’eau qui s’accumulait au rez‑de‑chaussée.
Avançant sans imaginer le danger, il a été foudroyé en quelques secondes. Inconscient, il a été découvert par ses camarades qui, en tentant de le relever, ont eux‑mêmes reçu des décharges électriques. Leur ténacité a néanmoins permis de l’écarter du fil. Une première équipe lui a prodigué les gestes de secours sur le trottoir, relayée par une équipe médicalisée avant son transport à l’hôpital du Val‑de‑Grâce. Malgré tous les soins prodigués, Franck est décédé.
Trente‑neuf ans plus tard, sa mémoire demeure intacte. Nous avons vécu une matinée de recueillement dans ce lieu où la seule trace visible de cette intervention est une plaque commémorative fixée au‑dessus de l’entrée de l’immeuble, rappelant notre fragilité face aux dangers de chaque mission. Pour cette cérémonie du devoir de mémoire, plusieurs générations se sont rassemblées : l’équipe de garde du CS Montmartre, placée sous les ordres du capitaine Médéric Leveugle, commandant d’unité adjoint, l’adjudant‑chef Mathieu Goergen, adjudant d’unité, un groupe de jeunes en formation à LVV dans le cadre d’une phase d’immersion, avec lesquels nous avons pu échanger sur le sens de nos engagements, ainsi que des membres du Groupement national des actifs et des anciens sapeurs‑pompiers de Paris (GNASPP). Étaient également présents le porte‑drapeau fédéral du GNASPP, M. Stéphane Doreau, celui de l’Amicale Paris 75, M. Grégoire Hatchikian, et le porte‑drapeau des Hauts‑de‑Seine, M. Malik Adell. La solennité de la cérémonie a été renforcée par la présence de plusieurs anciens qui ont tenu à faire le déplacement.
Le protocole s’est ensuite déroulé. Nous nous sommes d’abord rassemblés à l’intérieur de l’immeuble, précisément à l’endroit où Franck Maréchal s’est effondré, afin de transmettre le récit vivant de cette intervention. Ce fut un moment d’histoire pour la jeune génération, écouter ceux qui ont vécu ces événements est un privilège rare. Nous sortons ainsi des formats traditionnels de communication pour permettre à chacun de devenir témoin de cette intervention tragique. Pour les anciens, c’est aussi l’occasion de se remémorer le temps passé aux côtés de Franck.
En cette matinée de devoir de mémoire, nous avons également honoré le sapeur de 1re classe Dumont, décédé le 27 avril 2015. Sous la conduite de l’adjudant‑chef Mathieu Goergen : rappel des circonstances des décès, appel des morts au feu, minute de silence, Marseillaise, puis dépôt de gerbe porté conjointement par un ancien et un actif, soulignant le caractère intergénérationnel de cette cérémonie. La traditionnelle photo souvenir est venue clôturer ce moment solennel.
La journée s’est prolongée par un déjeuner convivial dans la remise du CS Montmartre, un lieu chargé de souvenirs pour nombre d’entre nous. Ce moment a permis de poursuivre les échanges avec la jeune génération, porteuse et continuatrice de notre flamme. Pour les anciens, ce fut un temps de retrouvailles que seules les grandes institutions savent offrir.
Nos remerciements vont au commandant d’unité Aurélien Delcey, au commandant d’unité adjoint Médéric Leveugle, aux sous‑officiers et aux militaires du rang pour leur accueil toujours chaleureux, témoignant de leur affection et de leur bienveillance envers les anciens. Ils offrent à ceux qui viennent pour la première fois un cadre rassurant, et aux anciens de la 9e compagnie le plaisir de revenir « à la maison ».
Sans oublier l’engagement constant d’Éric et de Bruno, qui portent cette flamme du devoir de mémoire depuis 39 ans.
Ils vous donnent d’ores et déjà rendez‑vous le 28 avril 2027, date qui marquera la 40e année.































